Les quatre califes

Les quatre Califes
Hassan Hamdouni
2005

 

   Les Quatre Califes, de Hassan Amdouni, retrace la naissance et les premiers pas de la civilisation islamique. Cette période unique a vu les règnes successifs des quatre Califes bien-guidés que sont Abou Bakr As-Siddiq, Omar Ibn Al-Khattab, Othman Ibn Affan et Ali Ibn Abu Talib. Pour chacun d'eux, et avant d'évoquer en détail l'oeuvre accomplie en tant que Calife, l'auteur dresse une courte biographie: leur naissance et leur place dans la société mecquoise pré-islamique, leur conversion à l'islam, leur relation avec le Prophète Mohammed, paix et salut sur lui.

 

 

   Abou Bakr As Siddiq eut l'immense responsabilité de succéder au Prophète, qui l'avait lui-même plus ou moins implicitement désigné comme son successeur. Cette prééminence d'Abou Bakr sur l'ensemble des Compagnons nous est rapportée dans de nombreux hadiths. Il fut donc choisi unanimement par l'ensemble de la communauté et devint ainsi le premier Calife.

Son califat ne dura qu'un peu plus de deux ans, et pourtant il eut la lourde responsabilité d'unifier la Péninsule Arabique. En effet, à la mort du Prophète, de nombreuses tribus en profitèrent pour renier l'islam dans sa totalité ou en partie. D'autres chefs de tribus se proclamèrent messagers de Dieu, et s'unirent pour attaquer Médine. Ces imposteurs étaient déjà connus du vivant du Prophète, mais ils représentaient désormais une sérieuse menace pour la paix et l'équilibre de la région. L'armée musulmane triompha, et dès lors, il apparut un nouveau mouvement militaire basé sur la propagation du message de Dieu: les foutouhat. Ces guerres, loin d'être de simples conquêtes colonialistes, avaient pour but de rétablir la justice dans des contrées soumises aux deux puissances de l'époque qu'étaient les empires Byzantin et Perse. Ces deux pouvoirs ne voyaient pas non plus d'un très bon œil cette unité arabe autour du message de l'islam, chacun ayant un intérêt dans la division puisqu'ils se faisaient la guerre par tribus arabes interposées! Le Calife jugea alors nécessaire d'attaquer le premier, et les foutouhat permirent donc l'ouverture et la pacification de l'Iraq et du Proche-Orient.


Bien sûr, l'armée musulmane n'était pas la seule préoccupation du Calife. Abou Bakr jeta les bases administratives et économiques du jeune État musulman, par le découpage du territoire en régions (wilâyât), chacune de ces régions étant dirigées par un émir nommé par le Calife lui-même. Il créa le Trésor de l'Etat avec son registre de donations, afin de porter assistance aux nécessiteux, et éventuellement réapprovisionner l'armée. Aucune décision, qu'elle soit législative, militaire, ou judiciaire, ne pouvait être entériner sans avoir été au préalable soumise à la consultation des Compagnons du Prophète.

Deux ans et trois mois seulement après la mort du Prophète bien-aimé, l'œuvre accomplie par Abou Bakr « Le Véridique » est immense, et on ne saurait conclure sans ajouter à son actif l'assemblage du Coran sur des feuillets et sa conservation, afin d'éviter la perte d'une partie de la révélation. Il mourra des suites d'un empoisonnement, et c'est Omar Ibn Al-Khattab qui lui succèdera.

 

 

   Ce texte ne serait plus un résumé s'il fallait ici énumérer toutes les qualités morales de Omar Ibn Al-Khattab, deuxième calife de l'Islam. Son oeuvre parle d'elle-même! Rapportons simplement qu'il était doté d'un sens de la justice, de l'équité et des responsabilités hors du commun. Continuant à bâtir la nation musulmane dans la droite ligne de l'œuvre d'Abou Bakr, cet homme fut constamment habité par le souci du bien-être de sa communauté.

La civilisation musulmane doit beaucoup à son génie. Lorsqu'il mourut assassiné après dix ans et demi de règne, cet esprit brillant laissa derrière lui un État qui s'étendait de l'actuelle Iran, jusqu'au désert Libyen. Cette expansion n'aurait pu se faire sans une organisation pointue de l'armée des musulmans qu'il dotât de structures (garnisons) répartit sur tout le territoire, conjointement à une gestion administrative rigoureuse de l'État. Chaque Emir faisait l'objet d'une surveillance assidue afin de s'assurer de leur impartialité et de leur entier dévouement au peuple qu'il gouvernait. La justice était un tel souci pour Omar, qu'il fut le premier à former un corps de magistrats indépendant du pouvoir politique. Il a aussi lancé un vaste projet d'urbanisation des provinces musulmanes, la sécurité des citoyens y était garantie.

Tant de choses ont été accomplies qu'il est ardu d'en faire le récit succinct. Un des points essentiels à retenir sur la personnalité de Omar demeure la crainte qu'il inspirait à sa communauté. Non pas la crainte relative à un tyran, mais une crainte empreinte de respect. Car tout un chacun connaissait le goût de Omar pour la justice et l'application des lois divines. Lorsqu'on prend conscience de cette crainte chez ceux qu'il a gouvernés, il est aisé d'imaginer les sentiments qu'il inspirait aux adversaires de la Nation!

Il mourut des suites de blessures infligées au poignard alors qu'il dirigeait la prière. Le meurtrier était un Perse, agent d'un complot ourdi par un prince déchu de son pouvoir par les musulmans.

 

 

   Lorsque Othman Ibn Affan lui succède, l'État musulman a considérablement progressé dans tous les domaines. Mais c'est un Calife à la personnalité complètement différente qui prend les rênes du pouvoir. Omar était réputé pour son implacable rigueur et, par conséquent, craint des dirigeants. Othman, lui, est un homme doux, qui, pour gouverner, préfère inspirer de l'amour. Il doit d'emblée faire face à des rébellions dans les anciennes provinces byzantines et perses, en même temps!

Grâce notamment à la création de la première flotte militaire musulmane, il maintient la nation en constante expansion, infligeant de sévères défaites aux Byzantins. Une brillante période de prospérité débuta.

Othman accordait une immense confiance aux membres de sa famille, et c'est ce sentiment qui le poussa à les nommer aux fonctions de gouverneurs. Abusé à cause de sa générosité, les choses évoluèrent vers une situation telle, que les postes à responsabilités devinrent occupés par les seuls membres du clan dont était issu Othman. Sans s'en rendre compte, Othman s'était isolé des Compagnons, et avait fait ressurgir chez certains de vieux réflexes d'intérêts tribaux et familiaux, que l'arrivée de l'islam avait pourtant éradiqués. Il n'en fallut pas plus aux ennemis de l'Islam pour contester le pouvoir du Calife et soulever une rébellion dans plusieurs provinces. Les rebelles marchèrent jusqu'à Médine, et l'impensable se produit. Après un règne de douze ans, le Calife Othman est assassiné par les rebelles, dans sa propre maison, en pleine lecture du Coran. Jusqu'au bout, il refusa la protection des Compagnons, ou de tout autre musulman, pour la simple raison qu'il ne voulait pas être la cause d'un triste spectacle: celui de musulmans s'entretuant.

 

 

   C'est dans ce contexte de divisions que Ali est choisi pour succéder à Othman. Rien n'est rapporté par les historiens concernant la gestion administrative ou économique de l'Etat. En fait, son califat fut essentiellement marqué par des guerres et des batailles entre les musulmans aux conséquences désastreuses. Les manipulations, par les hypocrites, des tensions et des frustrations étaient d'un tel niveau d'ignominie, que même Aïcha la mère des croyants s'est retrouvée mêlée à ces guerres intestines (La bataille du Chameau en 657). Mais le plus grand opposant à Ali reste Mou'awiya, gouverneur de la province du Cham, qui refusera jusqu'au bout l'allégeance au Calife. Un immense gâchis, quand on comprend que les divergences successives qui mirent aux prises Ali et Mou'awiya sont en réalité le fruit de malentendus concernant un problème de fond: celui du meurtre de Othman. Ali mourut en 661 assassiné par les membres d'un groupe dissident de son armée les Khawalij (Sortants).

 

 

   L'oeuvre de Hassan Hamdouni est en quelque sorte une synthèse d'études et d'ouvrages beaucoup plus complet, qu'ils soient anciens ou contemporains. Pour une lecture et une analyse plus approfondies de cette période incontournable, peut-être faut-il se référer à At-Tabari et ses Chroniques auxquelles l'auteur fait souvent références. Il n'empêche que cet ouvrage a le mérite d'apporter une certaine clarté dans le récit des évènements historiques, et de balayer toutes les idées pré-conçues et autres préjugés sur l'édification de la civilisation musulmane. Les apostats, les trahisons, mais surtout les divisions: la communauté musulmane y fut constamment confrontée, et cela même du vivant du Prophète! N'en déplaise aux idéalistes... Ali donna toute son énergie à maintenir les musulmans unis durant son règne, et il le paya de sa vie.

Au fil des pages, on reprend contact avec une certaine réalité de l'histoire, les victoires et les difficultés du quotidien. Ces Compagnons du Prophète bien-aimé, dont on a tant entendu parler au travers des hadiths, et que l'esprit avait tendance à idéaliser, redeviennent finalement des hommes, des êtres humains à part entières. C'est cette dimension humaine que le livre conserve et transmet à merveille. Une humanité donc, traduite par des qualités, des faiblesses, des erreurs, mais toujours assortie d'une foi lumineuse. Car leur foi en Dieu et son Messager, c'est aussi tout de même ce qui nous réchauffe l'âme et le cœur, tant on les sent imprégnés du contact et des enseignements du Prophète bien-aimé. La sagesse d'Abou Bakr, l'altruisme et l'intégrité de Omar, la douceur et la générosité de Othman, le courage et la ferveur de Ali: on retrouve dans chacune de leur personnalité une partie de celle de Mohammed sws.

Après lecture, on acquiert une vision plus mature et beaucoup moins naïve du passé, la finalité étant une meilleure appréhension du monde musulman contemporain.

 

 

                                                                                                  Mehdi Bouzalmat

 

 

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