Le généreux compagnon 'Abd ar-Rahmân ibn 'Awf

Publié le par aema

Nous inaugurons une nouvelle série avec notre frère Sofiane Meziani (écrivain et militant associatif à Lille) autour de la spiritualité qui concerne les nobles compagnons du Prophète Mohamed (Saw). A l'heure où nous débutons ces dix premiers jours de ce mois sacré, ce rappel sur la vie de l'illustre compagnon 'Abd ar-Rahmân ibn 'Awf ne peut qu'emplir nos coeurs d'apaisement... Merci à notre frère pour ce texte émouvant.

 

‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf faisait partie de ces dix compagnons auxquels le paradis était promis de leur vivant. Il se convertit dans les premières heures de l’Islam par l’intermédiaire d’Abû Bakr et devint un fidèle et dévoué compagnon du Prophète. Il était doté d’une spiritualité profonde et d’une générosité sans limite qui fut d’ailleurs l’une de ses principales qualités. Il fut parmi ceux qui émigrèrent en terre d’Abyssinie suite à la haine des Quraysh, mais n’a pas manqué d’être présent aux batailles de Badr et Uhud. Il participa à tous les combats qui opposaient les musulmans aux négateurs et y fit preuve de vaillance et de détermination. Ce disant, ce qui distinguait ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf des autres, c’était son altruisme et sa générosité. Chaque compagnon était doté d’une qualité singulière qu’il mettait au service de la communauté. Chacun donc usait de ce qui était propre à sa personnalité pour défendre la cause de l’Islam. Si pour certains c’était l’épée, pour d’autres c’était la poésie et le verbe comme fut-ce le cas pour Zayd ibn Thâbit, et pour d’autres encore c’était la science à l’exemple de Mu’âdh ibn Jabal. Ainsi, chacun d’entre nous possède un don, une compétence, qu’il doit mettre au service de l’Islam. Ta personnalité est unique et nous sommes tous différents ! C’est la singularité du don de chacun qui fait la richesse de la communauté de tous !


‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf était un prospère commerçant qui connut un succès dans les affaires au point de reconnaître : « Si je soulève une pierre, j’y trouverai dessous de l’or ou de l’argent ! » Sa prospérité était telle qu’il suscitait l’admiration de son entourage. C’était un véritable homme d’affaire qui, grâce à sa justice, son intégrité et surtout à sa générosité parvint à produire des bénéfices considérables. A tous les commerçants, vous avez en ce personnage un excellant modèle de réussite… Jamais, il n’a eu recours à la tromperie pour réaliser des gains. Il avait au contraire investi dans la sincérité et le dévouement à Allah.

‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf, en arrivant à Médine, était totalement démuni, les négateurs s’étant emparés de ses biens. Lorsque le Prophète demanda à chaque auxiliaire (médinois) de fraterniser avec un émigrant (mecquois), celui-ci se lia à Sa’d ibn Rabî’ qui avait la charge de lui attribuer une part de ses richesses. Mais homme de principe qu’il était, il ne voulut point abuser de la générosité de son frère en Islam, et préféra se rendre au marché pour s’adonner au commerce jusqu’à ce qu’il devînt l’un des plus riches habitants de Médine. Il avait la main qui donne et réprouvait avoir celle qui reçoit !


‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf saisissait chaque opportunité pour faire don de ses biens. Il était prêt à sacrifier toute sa richesse pour servir sa communauté. Bien que fortuné, il demeurait humble et n’accordait aucune importance à ses capitaux. Sa foi en Dieu lui permit d’établir une distance spirituelle entre son être et son avoir. Il ne fut à aucun moment affecté par une quelconque fatuité, au contraire, il considérait sa richesse comme source d’inquiétude et d’angoisse. Il s’engagea dans le commerce  uniquement dans le but de servir l’Islam. Un beau jour, alors que Médine était plongé dans le calme, on entendit comme un tremblement de terre… Un nuage de poussière s’était levé que le vent poussa jusqu’aux portes de Médine. On crut qu’il s’agissait d’une tempête. Mais le bruit annonçait plutôt l’arrivée d’une troupe. Quelques secondes plus tard, le nuage se dégagea et on aperçut une grande caravane accompagnée de sept cents montures chargées de marchandises… ‘Âïsha, épouse du Prophète, s’enquit aussitôt de l’identité de ce convoi à quoi on l’informa qu’il s’agissait de la caravane de ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf en provenance de Damas. Elle se remémora alors quelques éloges que fit le Prophète à l’égard de cet illustre compagnon et une fois en sa présence, ce dernier dit à ‘Âïsha : « Je te prends à témoin que toutes ces montures et les marchandises qu’elles transportent seront données en aumône pour l’amour de Dieu, qu’Il soit glorifié et exalté ! »  Puis, il se mit à distribuer, dans une totale abnégation,  toute sa marchandise aux habitants de Médine.

 

Cette générosité de  ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf ne manquait jamais de se manifester chaque fois que la communauté musulmane éprouvait des difficultés financières. D’ailleurs, lors de l’expédition de Tabûk, les musulmans eurent beaucoup de mal à financer l’équipement des troupes. La période était rude… C’est alors que le Prophète lança un appel au don et le premier à y répondre quasi-instinctivement, fut ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf. A lui seul, il donna une grosse quantité d’or à tel point que ‘Umar confia au Messager de Dieu : « Je crains qu’ibn ‘Awf n’ait commis un péché. Il n’a rien laissé à sa famille. » Le Prophète convoqua alors ibn ‘Awf et lui demanda s’il avait laissé quelque chose à sa famille à quoi il répondit : « Oui, je leur ai laissé plus que je n’ai dépensé. » Son altruisme était inégalable ! Un autre jour, il vendit une partie de sa terre à un montant de quarante mille dinars qu’il distribua aussitôt à sa famille, aux nécessiteux et aux épouses du Prophète. Malgré sa fortune, on nous rapporte que lorsqu’il était en compagnie des démunis on ne pouvait le distinguer d’eux. Il s’était complètement désintéressé des biens illusoires de ce bas-monde au point même d’avoir refusé de succéder au califat de ‘Umar quand on voulut lui prêter serment d’allégeance. Il dit un jour : « Je crains d’être séparé de mes frères dans l’Au-delà tellement j’avais de l’argent dans l’ici-bas. » Juste avant de mourir, il offrit à tous ceux qui étaient présents à la bataille de Badr et aux mères des croyants une somme de quatre cents dinars en or. Il rendit l’âme en l’an 32 de l’Hégire et ce fut ‘Uthmân ibn ‘Affân qui présida la prière du mort (salât al-janâza).


Sofiane Meziani, écrivain et militant associatif. CMF, Lille.

 

Source : lecmf.org

 


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