Averroès : La raison au coeur de la foi

Publié le par aema

               Abu'al-Walid Muhammad ibn Rushd, dit Ibn Rushd, plus connu en Occident sous son nom latinisé d'Averroès, est né en 1126 de l'ère chrétienne, soit en 520 de l'Hégire, à Cordoue en Espagne. Averroès appartient à une famille respectée d’hommes de religion et de juristes. Il acquiert une formation solide avec l'aide de maîtres particuliers. Il commence par l'étude du Coran, de la grammaire, de la poésie, de l'écriture et des rudiments de calcul. Avec son père, il étudie le hadîth, la tradition relative aux actes, paroles et attitudes du Prophète (sws) et le fiqh, droit au sens musulman, selon lequel le religieux et le juridique ne se dissocient pas. Après une bonne formation religieuse, il étudie d'autres branches du savoir: la physique, l'astronomie, la médecine, les mathématiques. Il apprend également la philosophie et le droit sous la direction d'Abu J'afar Haroon et d'Ibn Bajja, ainsi que la médecine sous celle d'Avenzoar.

               
               Qadi (juge) à Séville en 1169, grand qadi à Cordoue en 1171, il suit la carrière de ses ascendants. En outre, il écrit des livres de droit dont le plus connu est la Bidâya, encore étudiée de nos jours à Médine.
               En 1182, Ibn Rushd est nommé médecin de l’émir Abu Yaqûb Yûsuf (1163-1184) à Marrakech. Il a d'ailleurs rédigé des ouvrages de médecine dont un grand traité dans lequel s’exprime son adhésion à la médecine scientifique héritée des Grecs qu’il faut unir à "la médecine du Prophète (sws)", ensemble des traditions rassemblant les pratiques et les conseils du Prophète (sws) en matière de soins à lui-même et à son entourage.
En médecine comme en droit, Averroès fut praticien et théoricien.

                
               Cependant ce n’est ni comme médecin ni comme juriste qu’Averroès fut connu des Latins mais comme philosophe, plus précisément comme le plus grand commentateur d’Aristote.
En effet, en 1166, L’émir Yûsuf Ier, dont il devient le médecin plus tard, lui demande, lors de leur première rencontre de présenter pédagogiquement l’œuvre d’Aristote. Averroès cherche alors à retrouver l’œuvre authentique. Il utilise plusieurs traductions et trouve ainsi des erreurs de traduction et des lacunes. Il effectue alors des rectifications et des rajouts pour que cela corresponde au mieux à l'original de l'oeuvre d'Aristote.
En plus de cela, Averroès commente les écrits d'Aristote. Il écrit trois types de commentaires : les Grands, les Moyens et les Abrégés. Il apparaît comme l’aristotélicien le plus fidèle des commentateurs médiévaux.

                    
                En Islam, la philosophie héritée des Grecs, la falsafa, culmine en Orient avec Ibn Sina dit Avicenne (980-1037) et en Occident avec Averroès qui connaît et discute la pensée d’Avicenne.
Averroès se heurte à la difficulté de rallier philosophie et religion. Il s’en explique dans Le traité décisif sur l’accord de la religion et de la philosophie. Pour lui, il n’y a pas de contradiction entre la Révélation et la philosophie : "le vrai ne peut contredire le vrai". Mais cette position n’est pas partagée par la majorité des théologiens et des croyants. Lui-même, homme de foi ayant adhéré sincèrement à la réforme politico-religieuse des Almohades, invite les philosophes à la modestie en leur rappelant que leur intelligence est aussi incapable de saisir Dieu que les yeux de la chauve-souris de voir le soleil. Averroès insiste alors sur le maintien de la religion et de la philosophie dans deux sphères séparées. Mais il subit les critiques des oulémas, spécialistes de la connaissance religieuse.

                    A une époque, 1188-1189, marquée par des séditions dans le Maghreb central et la guerre sainte contre les chrétiens, le sultan Abû Yûsuf Yaqûb Al-Mansûr fait interdire la philosophie, les études et les livres. Ayant convoqué les principaux personnages de Cordoue, il fait comparaître Ibn Rushd et après avoir anathématisé ses doctrines, le condamne à l'exil. La disgrâce d'Averroès ne fut pas de longue durée. Après un court exil d’un an et demi à Lucena, petite ville andalouse, il est rappelé au Maroc où il reçoit le pardon du sultan, mais n’est pas rétabli dans ses fonctions. Il meurt à Marrakech le jeudi 9 de safar de l'an de l'hégire 595 (10 décembre 1198).

                 
                   Ibn Rushd fut un des hommes les plus savants du monde musulman. C’est l’auteur le plus cité en philosophie médiévale après Thomas d'Aquin. Il fut également le seul auteur arabe qui ait donné son nom à un courant de la philosophie européenne, l’averroïsme.

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