Abou Hamid Al-Ghazali : Le revificateur de l'Islam

Publié le par aema


                  Al-Ghazali est né en 450 de l'Hégire, soit 1058 de l'ère chrétienne, dans la ville de Tus (Khorassan), au sein d'une famille persane de condition modeste. Al-Ghazali est encore jeune lorsque son père meurt, après avoir chargé un de ses amis soufis de s'occuper de l'éducation de ses deux fils. L'ami en question s'acquitte de cette mission jusqu'à épuisement des fonds légués par le père et conseille aux deux frères de s'inscrire dans une madrasa où les élèves suivent des cours et sont pris en charge matériellement. Al-Ghazali aurait commencé, vers l'âge de sept ans, par étudier l'arabe et le persan, le Coran et les principes de religion. À la madrasa, il entre dans le cycle des études secondaires et supérieures comportant le fiqh (jurisprudence islamique) et l'exégèse (tafsir) du texte coranique et du hadith (propos du Prophète).
                A 15 ans, il entame divers voyages afin d'acquérir le savoir. Une anecdote importante marquant un tournant important dans sa vie est celle où lors de son retour à Tus, sa caravane se fait attaquée par des bandits. Il va les implorer de lui rendre son sac où se trouve tout son savoir. Un des bandits lui jette ses affaires à la figure en lui disant qu'il se prétend savant, alors qu'il n'a rien dans sa tête et tout dans son sac. Il reçoit cette agression comme une leçon divine et il décide de tout apprendre par coeur, cela va lui prendre 3 ans de sa vie.
                A 23 ans, il devient l'élève et l'assistant de l'imam Al-Juwayni, et commençe à publier quelques ouvrages et à étudier le soufisme auprès d'un autre cheikh, al-Farmadhi.
A 34 ans, il est nommé professeur dans la plus prestigieuse université de Bagdad, grâce à l'appui du premier ministre de l'époque Nidam Al Mulk. A cette époque, il y a un grand débat entre la religion et la philosophie: il tranche en faveur du religieux et du sunnisme contre le chiisme. Toutes ces discussions l'ont conduit à écrire un ouvrage intitulé: Ce qui sauve de l'erreur.  
                 
                Al-Ghazali reconnaissait cette pathologie qui consiste à écraser ses adversaires et désirait revenir à quelque chose de plus authentique: " Plutôt que de me retrancher derrière mes idées, mon programme, mon opinion politique, sans reconnaître aucune valeur à mon adversaire, je conviens que moi et mon adversaire devons, ensemble, nous mettre en quête de la vérité. Si nous nous lançons tous deux dans cette recherche, alors le dialogue deviendra possible. Tandis que si chacun cherche au contraire, qu'à conforter ses positions, à stimuler ou à raffermir son égo, à dominer son adversaire, nous n'aboutirons à rien". Et parce qu'il était capable d'avoir le dessus sur n'importe quel débat, il n'ignorait pas que, pour qu'une discussion porte ses fruits, l'égo ne devait surtout pas en être l'enjeu, mais au contraire être mis de côté.


                "Al-Ghazali n'hésitait pas à condamner l'hypocrisie de l'entourage du Calife, ainsi que les chefs religieux et politiques de l'Islam de l'époque, les accusant de ne pas mettre en pratique ce qu'ils prêchent et redoutant de dangereuses conséquences sur l'intégrité de l'Islam et surtout un effet pervers sur la crédibilité du principal courant de l'orthodoxie Islamique par opposition aux alternatives ésotériques ou sectaires, et ce même défaut, il le perçoit aussi en lui, car c'est lui qu'il montre d'abord et avant tout du doigt." T.J Winter: Conférencier en étude Islamique à l'Université de Cambridge.
Pendant une période de 6 mois, il est gagné par le doute, déchiré par ses désirs temporels et son aspiration profonde à la vie éternelle: il va chercher à savoir quelles sont les certitudes qu'il a, il va aussi se demander si ce qu'il fait (enseignant en science Islamique) est pour l'Unique ou pour la gloire et la reconnaissance des créatures de ce bas monde, s'il met en pratique ce qu'il préconise...  Il se remet alors en question. Il en perd même l'usage de la parole pendant un certain moment. C'est ainsi qu'il décide de se mettre en retraite à Jérusalem. Il va vivre l'ascetisme pendant une période d'environ 10 ans pendant lesquels il écrit un de ses ouvrages les plus connus: Revification des sciences de la religion.
Il est rappelé par le successeur de Nidam Al Mulk, son frère, Fakhar Al Mulk pour reprendre son poste de professeur.
                 Deux ans plus tard, il quitte Bagdad et regagne à nouveau Tus, sa ville natale, où il poursuit la vie de renoncement des soufis et l'enseignement.

                 Le 18 Décembre 1111, Abu Hamid Muhammad s'éveilla. A l'aube, il fit sa prière et se prépara à mourir, il demanda à son frère son linceul, ce qu'il fit. Al Ghazali s'est lui même enveloppé dans son linceul avant de mourir. Il laissa quelques mots écrits disant ceci:
"Dis à mes amis quand ils me verront mort, lorsqu'ils verseront des larmes pour moi et qu'ils me pleureront avec tristesse : ne pensez pas que ce cadavre que vous voyez là soit moi. Au nom de Dieu, je vous le dis, ce n'est pas moi, je suis esprit, et ce que vous voyez n'est que de la chair, elle fut certes un temps ma demeure et mon vêtement. Mais ce que je suis aujourd'hui vous le deviendrez aussi, car je sais que vous êtes comme moi, les âmes de toute l'espèce humaine procèdent de Dieu et les corps de chacun sont composés d'eux-même. Le bien et le mal, de même, existait en nous. Je vous transmets un message de courage: Puisse la paix et la joie de Dieu être vôtre pour toute l'éternité."

                 Après une vie qu'on peut estimer courte si l'on considère l'ampleur, la richesse et l'influence de son œuvre, il est permis de dire qu'il a été un des plus grands penseurs musulmans, un de ceux qui ont laissé l'empreinte la plus profonde, méritant ainsi le surnom de « rénovateur du Ve siècle de l'Hégire ».
 L'influence d'al-Ghazali s'est étendue au-delà du monde islamique pour s'exercer jusque sur les pensées occidentales notamment Pascal, Descartes, Dante, Hume...

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